Conseils pour mener une vie heureuse

Joy Dupont est reconnaissante de l’influence positive que les Sœurs Grises ont exercée dans la vie de sa mère. C’est sa petite fille de 11 ans qui lui a fait ses mèches.


Les Sœurs Grises ont fondé l’Hôpital Saint-Boniface il y a 150 ans pour s’occuper des personnes les plus vulnérables de la société avec bonté et compassion.

Pour Joy Dupont, leur dévouement à cette cause revêt un caractère spécial.

« Les Sœurs Grises ont exercé une influence tellement positive dans la vie de ma mère, Nathalia. »

En 1916, la famille Desmarais de Sainte-Anne-des-Chênes (Sainte-Anne) du Manitoba émigre vers l’Ouest pour trouver la prospérité en Alberta. Les trois filles les plus jeunes de cette grande famille sont Juliette, huit ans, Inez, quatre ans, et Nathalia, deux ans à peine.

Nathalia (à gauche) et Inez. Avec leur troisième sœur, Juliette, elles ont été prises en charge par les Sœurs Grises en 1918.

En moins de deux ans, la mère de Nathalia décède à la suite de complications au moment de l’accouchement de son 14e enfant. Disposant de peu de ressources, la famille prend une décision : les trois jeunes filles retourneront au Manitoba en train avec l’aide de leur sœur aînée, Laura, qui vit à Winnipeg.

Dans sa jeune vingtaine, Laura travaille comme secrétaire à l’Hôpital Saint-Boniface.

« Laura cherchait une maison de refuge pour les filles, raconte Mme Dupont. Elle s’est adressée aux Sœurs Grises à l’hôpital en désespoir de cause. Elle ne savait pas quoi faire d’autre. » (De santé fragile, Laura décédera au cours des prochaines années.)

Les Sœurs lui ont donné la permission de loger les enfants dans le sous-sol de l’hôpital en attendant qu’elle leur trouve un logement permanent.

« Tout au long de sa vie, ma mère s’est rappelée avec tendresse lorsqu’elle courait le soir dans la buanderie de l’hôpital. Un moment de joie simple pour ces enfants qui vivaient tant de traumatismes. »

Quelques jours plus tard, il est convenu que les trois filles seront envoyées à l’école et au couvent dirigés par les Sœurs Grises à Sainte-Anne.

« Ma mère y est restée jusqu’à la fin de la 9e année. Elle et mes tantes se sont épanouies. Elles ont reçu une éducation et elles ont acquis des compétences fondamentales. »

La fille de Nathalia est fière de parler de la vie de sa mère, notamment de la formation qu’elle a suivie pour devenir infirmière à l’Hôpital général Misericordia après avoir élevé quatre enfants, dont Joy. Par la suite, alors qu’elle a près de 50 ans, Nathalia se recycle à l’Hôpital Saint-Boniface et devient infirmière auxiliaire au centre de soins infirmiers Taché (aujourd’hui un établissement d’Actionmarguerite) établi par les Sœurs Grises en 1935 pour desservir la population francophone de Winnipeg et les résidents de Saint-Boniface.

Un bilan de fin de vie

Nous sommes en 2011. Nathalia Dupont, âgée de 96 ans, habite au Centre Taché. Atteinte de cancers de la vessie et du côlon, elle est admise à l’urgence de l’Hôpital Saint-Boniface et les médecins déterminent qu’elle doit être opérée dans les 48 heures pour lui sauver la vie.

Dans un premier temps, elle choisit la chirurgie avec tous les risques que cela implique. Par la suite, elle décide en accord avec sa famille de cesser tout traitement agressif et elle retourne au Centre Taché.

« Alitée à l’hôpital, elle a pu exprimer ses sentiments et ses réflexions de fin de vie. J’ai été très touchée qu’elle en ait eu l’occasion », se rappelle Mme Dupont.

« Elle m’a dit : “Cet hôpital a bien servi notre famille. Il fait vraiment partie de notre communauté” ».

Les Sœurs Grises ont joué un rôle déterminant dans la vie de Nathalia Dupont, décédée en 2011 à l’âge de 96 ans.

« Je n’y avais jamais pensé avant de ce point de vue, mais c’est incroyable, déclare Mme Dupont. Mes trois fils sont nés à l’Hôpital Saint-Boniface. Ma tante Julie – l’une de ces trois petites filles – a reçu des soins de longue durée à l’hôpital pendant neuf mois à la suite d’une attaque cérébrale. Des membres de la famille y sont venus tous les jours pour l’aider à s’alimenter parce qu’elle en était incapable seule. La fille d’Inez a reçu sa formation d’infirmière à l’hôpital et ma belle-fille travaille aussi à l’hôpital comme infirmière. »

Marques de bienveillance

Près de 10 ans après le décès de sa mère, Mme Dupont se souvient de deux marques de bienveillance prodiguées par le personnel soignant de l’Hôpital Saint-Boniface.

« Alors que ma maman retournait au Centre Taché pour vivre les derniers moments de sa vie, un urgentologue est venu me voir. Il ne participait directement à son traitement, mais il m’a rassurée que la décision était la bonne. Il voulait me tranquilliser l’esprit. »

« Une des infirmières qui lui ont administré son dernier traitement – elle s’appelait Lori – est restée à son chevet jusqu’à la fin de son quart de travail. Elles se sont tenues par la main et elles ont parlé de la profession d’infirmière. »

Grand-mère de quatre petits-enfants, Joy Dupont adore aussi son petit chien à longs poils hirsutes qui s’appelle Tillie, diminutif de Nathalia en hommage à sa mère.

Travailleuse sociale à la retraite, Mme Dupont est convaincue de la nécessité de renforcer la collectivité, y compris l’Hôpital Saint-Boniface. C’est une conviction qu’elle a acquise de sa mère.

« Maman avait des moyens limités, mais elle achetait un billet de loterie quand elle le pouvait. C’était sa façon de contribuer et de dire merci ».


Cette année, l’Hôpital Saint-Boniface marque 150 ans de soins compatissants. Pour les générations à venir, donnez aujourd’hui.