Roni Armon, doctorante (à gauche), et la Dre Crystal Acosta, chercheuse postdoctorale, étudient des moyens de prendre en charge la fibrillation auriculaire grâce à leurs expériences financées par des donatrices et des donateurs au Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint-Boniface.
le 14 octobre 2026
La nouvelle génération de chercheuses et de chercheurs au Centre de recherche Albrechtsen de l’Hôpital Saint-Boniface étudie comment les cannabinoïdes pourraient protéger le cœur contre la fibrillation auriculaire (FA), la forme la plus courante d’arythmie cardiaque.
Mais ce n’est pas ce que vous pourriez penser.
« Nous n’étudions pas le cannabis », explique Roni Armon, doctorante qui en est à sa troisième année au Collège de pharmacie de l’Université du Manitoba. « Je comprends pourquoi les gens confondent les deux, car le cannabis contient effectivement des cannabinoïdes. »
« Mais en réalité, les cannabinoïdes sont simplement des substances naturelles qui interagissent avec des récepteurs dans notre corps », précise-t-elle. « Il y a les phytocannabinoïdes (THC, CBD), qui viennent de plantes comme le cannabis; les endocannabinoïdes, qui sont produits par notre organisme; et les cannabinoïdes synthétiques, qui sont fabriqués en laboratoire. »
Ces substances contribuent à réguler certains processus de notre organisme, comme la tension artérielle, la transmission de la douleur ou celle des signaux liés à la mémoire. « Le composé chimique qui nous intéresse est un cannabinoïde synthétique », souligne-t-elle. « Et il a ceci de particulier qu’il agit très peu dans le cerveau, ce qui réduit presque entièrement le risque d’effets psychoactifs. » Ce composé agit principalement sur les récepteurs périphériques situés à l’extérieur du cerveau, ce qui permet à la chercheuse d’étudier spécifiquement son effet sur le cœur.
Un futur médicament pourrait protéger le cœur à l’avenir
Sous la supervision de la chercheuse principale, la Dre Hope Anderson, doyenne du Collège de pharmacie, Roni Armon et la Dre Crystal Acosta, chercheuse postdoctorale, se penchent sur les détails complexes de la fibrillation auriculaire : « Comment est-ce que ça arrive », demande Mme Armon? « Pourquoi est-ce que ça se produit? Quels signaux spécifiques pouvons-nous cibler pour lutter contre ce problème? »
En tant qu’ancienne ambulancière paramédicale, Mme Armon a pu constater de ses propres yeux les effets dévastateurs de la fibrillation atriale sur ses patients. Elle souligne que le risque de développer la fibrillation atriale double chaque décennie de vie. Environ de 1 à 2 % de la population en est atteinte.
Les réponses pourraient se trouver dans les cannabinoïdes synthétiques qu’elle et la Dre Acosta testent sur des cellules cardiaques auriculaires simulées, issues de cellules épidermiques reprogrammées en cellules souches.
“Peut-être qu’un jour, les personnes qui présentent des facteurs de risques indiquant qu’elles sont susceptibles de développer une fibrillation auriculaire disposeront d’un outil supplémentaire pour protéger le cœur.”
« Notre laboratoire avait déjà démontré que l’administration de ce cannabinoïde synthétique protège le cœur contre les effets néfastes de certaines substances », signale-t-elle. « Il s’agit de certaines hormones présentes dans notre corps qui peuvent entraîner un remodelage cardiaque, c’est-à-dire des modifications de la taille, de la forme et du fonctionnement du cœur pouvant causer la fibrillation auriculaire ou y contribuer. »
« Ainsi, l’administration de ce médicament potentiel au cœur ou aux cellules cardiaques – tant au niveau de l’organe que des cellules – a permis d’atténuer les effets néfastes de ces hormones. À terme, nous espérons pouvoir annoncer qu’il contribuera à protéger le cœur contre la fibrillation auriculaire. »
Il n’existe aucun remède contre la fibrillation auriculaire
« C’est une piste très prometteuse, car elle a donné des résultats significatifs dans nos recherches sur les cellules cardiaques auriculaires. Si elle se concrétise, nous espérons qu’elle permettra d’alléger considérablement le fardeau des patients à risque de développer la fibrillation auriculaire ou qui en souffrent déjà. Cela pourrait leur permettre de mener une vie longue et saine », a déclaré Mme Armon.
« Cette idée m’a semblé relever de la magie : essayer de trouver, je ne dirais pas un remède, mais un moyen de prendre en charge, voie de prévenir la fibrillation auriculaire à l’aide d’un type de médicalement potentiellement nouveau. Peut-être qu’un jour, les personnes qui présentent des facteurs de risques indiquant qu’elles sont susceptibles de développer une fibrillation auriculaire disposeront d’un outil supplémentaire pour protéger le cœur. Ou, si elles ont déjà eu un épisode, pour empêcher le cœur de s’affaiblir ou la situation de s’aggraver », a-t-elle expliqué.




