De gauche à droite : Andrea de Haan, coordonnatrice de recherche, et la Dre Shuangbo Liu, cardiologue interventionnelle, s’apprêtent à lancer un nouveau programme d’essais cliniques et de recherche à l’Hôpital Saint-Boniface.
29 mai 2026
La Dre Shuangbo Liu et Andrea de Haan espèrent répondre à d’importantes questions médicales en étudiant les plus petits vaisseaux sanguins du cœur.
La Dre Liu est cardiologue interventionnelle et directrice de la recherche en cardiologie interventionnelle à l’Hôpital Saint-Boniface. Elle occupe également des fonctions de direction à l’échelle nationale dans le domaine de la santé cardiaque des femmes. Mme de Haan est coordonnatrice de recherche en cardiologie interventionnelle à l’hôpital.
Grâce au soutien de donateurs comme vous, elles s’apprêtent à lancer un nouveau programme de tests cliniques plus tard en 2026 — avec un volet de recherche intégré — depuis le Centre de soins cardiaques Bergen de l’hôpital. Les tests qui seront menés à l’Hôpital Saint-Boniface seront les premiers du genre au Manitoba.
Une affection provoquant une gêne et des douleurs thoraciques
Grâce à ce programme, la Dre Liu et Andrea de Haan espèrent mieux comprendre une affection appelée maladie microvasculaire coronaire. Elle touche les femmes à un taux bien plus élevé que les hommes, expliquent-elles, et des recherches s’imposent.
« Cette maladie est connue depuis de nombreuses années. Elle a été décrite pour la première fois il y a 50 ou 60 ans, et nous ne la comprenons toujours pas entièrement. Nous ne connaissons pas le meilleur traitement à administrer aux patientes et aux patients après le diagnostic », précise la Dre Liu.
Cette maladie se caractérise par un dysfonctionnement de vaisseaux sanguins du cœur trop petits pour être visibles à l’œil nu.
« Ces vaisseaux jouent un rôle très important, car ils sont chargés de s’ouvrir et de se fermer pour réguler le flux sanguin vers le muscle cardiaque. Ils constituent donc la toute dernière couche de vaisseaux avant que le sang n’atteigne le muscle cardiaque lui-même », explique la Dre Liu.
« Si quelqu’un fait un effort physique, par exemple en montant des escaliers, la réaction normale est une augmentation de la tension artérielle et du rythme cardiaque. Votre cœur envoie alors le message : Hé, j’ai besoin de plus de sang. Si tu veux que je pompe davantage, mon muscle va avoir besoin de plus de sang. Dans le cas d’une maladie microvasculaire coronaire, les très petits vaisseaux sanguins ne s’ouvrent pas suffisamment pour laisser passer la quantité de sang nécessaire. Au contraire, ils se contractent, ce qui empêche le sang de passer. Les patients ressentent alors une gêne et des douleurs thoraciques. »
Les crises peuvent durer de quelques heures ou jours à plusieurs mois. Les patients de la Dre Liu savent qu’ils doivent l’appeler pour qu’elle les aide. « Les patientes et patients doivent juste savoir que cela ne risque pas de provoquer une crise cardiaque. Ce n’est pas mortel, mais il faut comprendre ce qui se passe », explique-t-elle.
Parfois, ces crises peuvent également survenir au repos, ce qui rend l’affection difficile à cerner. Elle souligne que de nombreux patients atteints de cette maladie étaient auparavant en bonne santé et menaient une vie bien remplie et active. « C’est pourquoi nous devons mener des recherches, car la maladie peut se manifester de manière isolée, sans déclencheur évident », avertit-elle. « L’origine pourrait être virale. Le diabète est un facteur de risque courant. Toute personne souffrant d’une maladie cardiaque est à risque. Mais les femmes jeunes et d’âge moyen semblent être les plus touchées. Il existe de nombreux sous-types distincts, mais les patients ne rentrent pas forcément dans des cases bien définies. »
Les malades étaient envoyés hors de la province
Cette intervention d’un jour, appelée test de réactivité coronaire, permet de mesurer la façon dont les petits vaisseaux réagissent à différentes situations. La Dre Liu prévoit que le programme accueillera environ quatre à cinq patients à chaque journée de tests de réactivité coronaire au Laboratoire de cathétérisme cardiaque de l’hôpital.
Lors de l’intervention, la Dre Liu insère un cathéter et un guide coronaire dans le poignet ou la jambe, jusqu’au cœur. « C’est un peu différent d’une angiographie et cela prend plus de temps. Nous administrons certains médicaments pour tenter de provoquer une réponse », précise-t-elle. « Nous insérons un fil très fin dans l’artère du cœur et nous regardons si le corps réagit comme prévu. »
Jusqu’à présent, la Dre Liu envoyait les patients à Regina, Edmonton, Toronto et ailleurs. « À l’échelle du Manitoba, nous avons dû envoyer au moins 20 patients hors de la province ces dernières années. J’en ai personnellement envoyé quatre ou cinq, je crois, et j’ai une liste de 10 patients en attente d’un test », poursuit-elle.
« J’ai au moins trois ou quatre patients qui ne veulent pas quitter la province pour passer ces tests parce qu’ils n’en ont pas les moyens, qu’ils ne peuvent pas prendre de congés ou qu’ils n’ont personne pour les accompagner. Ils ont peur. Ils veulent passer ces tests chez eux. »
Avec le soutien du Dr Kunal Minhas, directeur du laboratoire de cathétérisme cardiaque, de la Dre Anita Soni, responsable de la médecine de spécialité du programme des sciences cardiaques de l’Hôpital Saint-Boniface, et de Reid Love, directeur des sciences de la santé de Sciences cardiaques Manitoba, le programme sur les maladies microvasculaires coronariennes sera lancé plus tard en 2026.
Un tremplin pour la recherche
À mesure que le nouveau programme prenait forme, la Dre Liu et Mme de Haan ont décidé de voir plus grand. « Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas intégrer la recherche dans ce programme clinique que nous sommes en train de lancer? Parce que les patients veulent des réponses. Et nous aussi », affirme Mme de Haan. Elle précise que le programme fournira des données à des registres nationaux. Des recherches similaires sont également menées dans des laboratoires aux États-Unis.
« Nous voulions tout d’abord étudier les types de maladie microvasculaire et les issues cliniques pour chaque type », explique-t-elle. « Quel est le pronostic? À quelle fréquence les patients se rendent-ils au Service des urgences pour être pris en charge? Quels sont les taux de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou de décès liés à cette pathologie? Nous voulons lancer notre registre local ici, à l’Hôpital Saint-Boniface. »
« Nous voulions aussi étudier l’impact de cette pathologie sur la qualité de vie des patients, ainsi que sur leur anxiété et leur dépression. »
À cette fin, le Dr Justin MacKenzie, psychologue clinicien, participera également à la recherche. « Lorsqu’une personne souffre d’une maladie chronique, cela peut avoir des répercussions sur sa vie qui vont au-delà des douleurs thoraciques physiques, par exemple sur ses relations avec les autres. Le Dr MacKenzie mène de nombreuses recherches sur les relations entre les patients et les soignants. Nous allons également intégrer cet aspect à notre recherche », explique Mme de Haan.
De plus, le programme donnera lieu à la création d’une nouvelle biobanque à l’hôpital. « Il s’agira donc de prélever des échantillons sanguins chez les patients à différents moments : avant qu’ils ne passent leur test, et lorsqu’ils ont une poussée. Nous pourrons ensuite travailler avec nos collègues à trouver des biomarqueurs qui nous aideront à comprendre pourquoi les gens ont de bons et de mauvais jours, de bons et de mauvais mois », précise la Dre Liu. « Y a-t-il des facteurs déclenchants que nous ne comprenons pas? De l’inflammation? Des protéines ou des lipides qui sont à l’origine de ce phénomène? »
La Dre Liu explique qu’elle a fait appel, avec Mme de Haan, au Dr Amir Ravandi, cardiologue interventionnel, clinicien-chercheur et chercheur principal à l’Institut des sciences cardiovasculaires de l’Hôpital Saint-Boniface, pour réaliser des analyses lipidomiques. Un autre collaborateur, le Dr Bram Ramjiawan, directeur de la recherche à l’Institut de recherche clinique Asper et directeur de l’innovation en recherche et des affaires réglementaires, aidera à superviser la biobanque.




